Natalia Magaña, œnologue et productrice de vins en Castilla y Léon (Espagne) Bodegas y Viñedos Riber

Entre Bordeaux où elle vit et la superbe province de Castilla y Léon où elle est née, il n’y a qu’une frontière que Natalia franchit régulièrement pour s’occuper de la bodega familiale. Œnologue de formation, cette jeune femme amoureuse de son terroir et passionnée par son métier produit des vins dont la finesse et la puissance proviennent des cépages syrah et tempranillo. Résolument moderne, Natalia n’en reste pas moins attachée à certaines traditions…

Planète Liège : Vous produisez 75 000 bouteilles, comment les bouchez-vous ?
Natalia Magaña:Tous nos vins sont bouchés en liège naturel.
Nous avons une gamme large, avec 5 produits, uniquement en rouge : 2 sont des vins d’assemblage (tempranillo/syrah -le plus gros volume) en positionnement premium (5 à 10€ en prix consommateurs) , les 3 autres, des monocépages (100% tempranillo, 100% syrah ou 100% malbec) positionnés en ultra premium (>12€ prix consommateurs). J’adapte le choix du bouchage en fonction de ce positionnement, même si j’attache une grande importance à la qualité dès notre entrée de gamme.

PL: Le choix du bouchon liège est donc important pour vous ?
NM: Oui bien sûr et ce pour deux raisons. La première est technique, les propriétés du liège ne sont plus à prouver dans le processus de vieillissement du vin. La seconde est esthétique, le bouchon liège véhicule une certaine culture traditionnelle à laquelle nos clients sont attachés.

PL : Quels sont vos critères de sélection en matière de liège ?
NM : Je choisis le bouchon en fonction des caractéristiques de chaque vin, de sa qualité et de la durée de vieillissement prévue. Je suis vigilante sur le rapport qualité/prix. Je pense que la qualité et donc le prix du bouchon sont à relier avec la qualité et le prix du vin.

PL : Quels sont à vos yeux les principaux atouts de ce matériau ? Et ses limites ?
NM : C’est un produit sein, naturel, facteur essentiel de développement durable.
Le liège seul permet des échanges gazeux. Je reconnais pourtant que dans certains cas, pour des blancs et rosés à rotation rapide les capsules à vis sont suffisantes…Mais nous ne sommes pas dans cette situation.
J’en reviens aussi à cette question d’image « traditionnelle » et qualitative que donne le liège. C’est un atout essentiel pour moi. Le vin est vivant, le bouchon aussi, il a pour vocation de conserver l’âme du vin ! Et c’est là que se trouve aussi les limites d’un bouchon liège, dans son aspect vivant…

PL : Que voulez-vous dire ?
NM : Par essence, l’utilisation d’une matière naturelle comporte des risques… Même si toute les précautions sont prises aujourd’hui pour éviter le gout de bouchon.

PL : Justement, quel est votre premier réflexe lorsque vous débouchez une de vos bouteilles ?
NM : Regarder puis sentir le bouchon ! Il est notre premier contact avec le vin. Son aspect visuel et son odeur me rassure… ou m’inquiète !

PL : Vous arrive t-il de rencontrer des bouteilles « bouchonnées » ?
NM : Oui, ça arrive de temps en temps, ce qui est normal.

PL : Êtes-vous tolérante avec ce défaut ?
NM : Même si je considère qu’il peut y avoir des bouteilles bouchonnées de temps en temps, je suis toujours contrariée lorsque cela arrive ! Je préfère alors être entourée de mes proches que d’un client auprès duquel il faut longuement se justifier…

PL : A ce propos, beaucoup de producteurs font appel à plusieurs bouchonniers pour limiter les risques de « gout de bouchon », et vous ?
NM : Je n’ai qu’un seul fournisseur en qui j’ai entièrement confiance. Je préfère cette formule et cette relation exclusive. Mais je sais que c’est une pratique très peu répandue en France et en Espagne.

PL : Pensez-vous que le liège, matière première renouvelable et écologique, puisse être un atout commercial ?
NM : Absolument. Les consommateurs sont de plus en plus sensibilisés à l’aspect naturel des produits qu’ils consomment, le vin en fait parti. Et puis, c’est toujours cette idée de tradition à laquelle mes clients (cavistes et restaurateurs en grande partie) sont aussi assez attachés.
Si du jour au lendemain ils trouvaient des capsules à vis ou des bouchons synthétiques sur nos vins, je pense qu’ils seraient un peu choqués !
Selon moi, déboucher une bouteille de vin, notamment un vin rouge de garde, reste pour beaucoup un rituel qui fait partie du plaisir de la dégustation.

PL : Les bouchons lièges représentent environ 80% du marché français, qu’en est il en Espagne ?
NM : Je pense que la proportion est équivalente. Il y a un côté « traditionaliste » en Espagne qui fait préférer ce type de bouchage. D’autant que le chêne liège fait partie du paysage national !
Je ne suis pas du tout contre l’évolution des types de bouchage, des progrès techniques et autres nouvelles technologies mais pour moi, la « modernité » ne réside pas dans le bouchon.

PL : Alors comment définiriez-vous le rapport entre le liège et le vin ? Une union sacré ?
NM : Non, disons un beau mariage….

PL : Qui va durer ?
NM : Bien sûr, le bouchon en liège ne peut pas disparaître !

PL : Pour conclure, 3 mots pour qualifier le liège ?
NM : Noble
Naturel
Traditionnel

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